Enfant 44 de Tom Rob Smith
Comment le déni systématique d'une réalité tangible au nom du dogme socialiste dans cette Russie de 1953 peut faire basculer un brillant officier du KGB de la servilité la plus assumée à la prise de conscience individuelle de ses propres crimes. Un tueur en série d'enfants ne peut pas "exister" dans la Russie communiste idéalisée par Staline qui vient de mourir. Du coup, la voie est pleine d'embûches, celle qui mène vers un minimum de lucidité, d'esprit critique et de courage quand tout autour de vous, pouvoir, police, amis, famille vous renvoient systématiquement vers la doxa ambiante, empreinte d'instinct de survie, de lâcheté, de peur, de mensonge et de dégoût de soi et des autres. La force de ce polar réside dans la description du régime soviétique de l'époque, pleine de terreur, de délation, de suspicion, de liens individuels broyés par l'appareil d'état, même entre mari et femme.
Outre Léo, officier du KGB tombé en disgrâce par l'intrigue d'un de ses subordonnés jaloux de sa position et de la beauté de sa femme, le véritable héros de ce livre est la terreur que fait régner le régime soviétique d'alors, bien plus que celle du tueur en série, cœur de l'intrigue du livre. Cette terreur va remettre en question sa vision du régime, son regard sur les autres et sur sa femme, elle va le questionner sur ses propres responsabilités et le conduire au crime suprême, douter du régime, devenir un hors-la-loi pour démasquer le véritable assassin de tous ces enfants.
Cela commence par un flash back en 1933 dans une Ukraine en proie à la famine où deux petits garçons poursuivent le dernier chat du village pour le manger. Retour 20 ans plus tard en Union Soviétique pour une enquête sur la mort d'un garçon, visiblement assassiné, mais que le pouvoir et Léo vont classer comme "accident". Mais ce même Léo va creuser un peu plus pour découvrir d'autres petites victimes et surtout la dure réalité d'un régime totalitaire qu'il a pourtant servi avec conviction et application. Au cours de son enquête et de sa traversée du pays, la description de la vie de tous les jours sous un régime totalitaire est vraiment réussie, avec les bassesses quotidiennes, la défiance et la trahison érigées en comme un art de vivre. Mais le roman distille aussi quelques invraisemblances quand justement Léo va devoir chercher et trouver des alliés dans ce monde de délation, quand l'appareil d'état va chercher à le broyer sans vraiment y parvenir tout à fait. Mais on est dans un polar avec un héros, pas dans un essai sociologique. Il est néanmoins très intéressant, palpitant même si la "chute" du livre est un peu trop "téléphonée". A lire en cette période d'OSTalgie ! (voir en particulier l'Edito du 9 Novembre 2009)
Cela commence par un flash back en 1933 dans une Ukraine en proie à la famine où deux petits garçons poursuivent le dernier chat du village pour le manger. Retour 20 ans plus tard en Union Soviétique pour une enquête sur la mort d'un garçon, visiblement assassiné, mais que le pouvoir et Léo vont classer comme "accident". Mais ce même Léo va creuser un peu plus pour découvrir d'autres petites victimes et surtout la dure réalité d'un régime totalitaire qu'il a pourtant servi avec conviction et application. Au cours de son enquête et de sa traversée du pays, la description de la vie de tous les jours sous un régime totalitaire est vraiment réussie, avec les bassesses quotidiennes, la défiance et la trahison érigées en comme un art de vivre. Mais le roman distille aussi quelques invraisemblances quand justement Léo va devoir chercher et trouver des alliés dans ce monde de délation, quand l'appareil d'état va chercher à le broyer sans vraiment y parvenir tout à fait. Mais on est dans un polar avec un héros, pas dans un essai sociologique. Il est néanmoins très intéressant, palpitant même si la "chute" du livre est un peu trop "téléphonée". A lire en cette période d'OSTalgie ! (voir en particulier l'Edito du 9 Novembre 2009)