Soul Circus de Georges Pelecanos
Posté par Hardboiled le 31 juillet 2005, page modifiée par Hardboiled le 27 mars 2007, (populaire)
Petites histoires dramatiquement banales d'une banlieue de Washington D.C, avec ses dealers de seconde zone, ses caïds à la petite semaine, ses gars à la coule qui connaissent les combines et ses flics ou privés attachés à leur quartier. Chroniques douces amères, bercées de musique soul (une discographie d'enfer avec en vrac les Stylistics,.....), des virées dans la bagnole du privé au son de l'autoradio, entrecoupées de quelques fulgurances de violence pure. On y retrouve un héros, Derek Strange, privé d'origine afro-américaine (autrement dit noir) qui enquête dans les banlieues chaudes de Washington D.C pour empêcher la condamnation à mort d'un leader de la pègre locale.
La force de ce polar sombre est de nous rendre ce monde quasi familier, voire attachant et de recréer une ambiance ressentie comme viscérale comme si c'était la notre, comme si c'était celle que nous construisions avec lui. Dimension sociale cruelle, engagement personnel, valeurs fortes présentes ici pour une Amérique d'aujourd'hui très contrastée. De l'ancien flic devenu dealer d'armes pour sa petite communauté à la gérante vicieuse et retors d'un salon de coiffure (propriété d'un caïd), en passant par le frère raté, ces personnages nous parlent de la difficulté d'exister, de construire sa vie, de rêver, d'essayer de s'en sortir et ne pas se laisser happer par cette violence latente et incontournable. Ce polar est dur, inéluctable, décrivant une réalité devenue banale pour certains même s'il s'agit de mort et de violence, mais aussi de respect de soi, de dignité et de refus d'une spirale infernale. L'espoir de s'en sortir est mince, voire éteint mais reste la pugnacité et le combat, la dimension sociale du livre.
Lisez-le pour la fluidité, l'ambiance, les personnages attachants, la musique, pour ce qui fait que nous ne devons pas renoncer, pour la force de l'individu, de ses convictions face à la machine sociale à broyer.
Georges Pellecanos, finalement un grand maître !