Déviances de Richard Montanari
Posté par Hardboiled le 19 avril 2006, (populaire)
Efficace, très efficace, un peu trop efficace même le livre de Richard Montanari, Déviances. Une fois commencé on a du mal à le lâcher, on se surprend à vouloir savoir rapidement la suite, signe d’un bon Polar. Mais cet enthousiasme et cette impatience sont tempérés par un arrière goût de déjà vu, ou plutôt de recette parfaite. C’est donc parti pour une petite collection (certes bien ficelée) de tous les clichés incontournables du genre : le tueur en série, fervent bigot, qui enlève puis assassine des adolescentes en les mutilant atrocement, le duo improbable d’inspecteurs avec le flic vétéran de la police criminelle, Kevin Byrne, revenu de tout, et sa nouvelle coéquipière, Jessica Balzano, bleubite tout de suite professionnelle malgré son châssis de rêve, les vrais faux suspects, l’ordure de journaliste de tabloïd, la pressions des notables (ici l’église puisque les meurtres tournent autour des rosaires, d’où le titre anglais the Rosary Girls), les problèmes de couples des flics, enfin la totale…
Certes c’est bien écrit, vif, enlevé, mais cela sent tout de même la technique du chef (en l’occurrence irréprochable) et terriblement prévisible ! Bienvenue chez le Pro : des chapitres coupés au cordeau et déjà façonné pour le futur script de cinéma (pas moins de 85 chapitres pour 470 pages, donc environ 5 à 6 pages par chapitre), des points de vues alternées entre le meurtrier, les deux flics, le journaliste avec des petite touches successives pour lever le voile (technique utilisée dans des séries telles que Boomtown), des effets amenés juste à point (la suite après un page de pub..). Je suis prêt à parier qu’il y aura une adaptation au cinéma prochainement !Techniquement parlant, c’est donc un bon polar que j’ai eu plaisir à lire mais qui manque de souffle. En effet, il n’arrive en rien à renouveler un tant soit peu le genre, car, pour les lecteurs assidus de polars, c’est du déjà vu et au moins des dizaines de fois. On peut même faire grief à l’auteur de nous « tromper » car il nous mène délibérément sur des fausses pistes avec des artifices proches de l’arnaque. Et puis, à la fin, comme un lapin sorti du chapeau, voila l’assassin sorti de nulle part après 450 pages de suspects, à l’improviste. Les dernières lignes sont là pour donner le coup de ripolin indispensable après tant de sang et d’horreur : Happy End (inopinée, rapide, dégoulinante de guimauve, comme toute happy end !)