Avec les pires intentions d'Alessandro Piperno
Posté par Hardboiled le 20 juin 2006, (populaire)
Une saga familiale brillante, éloquente, bavarde, Avec les pires Intentions d’Alessandro Piperno nous conte les tribulations d’une famille de la bonne bourgeoisie juive romaine, les Sonnino, avec sa figure emblématique, le grand-père Bépy, hâbleur, futile, égoïste, coureur de jupons invétéré et jouisseur impénitent. Mais son petit-fils, Daniel, le narrateur timide et torturé va se charger de lui régler son compte, enfin pas tout à fait ! Car le livre est une vaste entreprise de déboulonnage d’un monde, d’une société et d’une certaine idée de la judaïté.
Daniel, rejeton pas tout à fait juif (au sens religieux), est issu d’un mariage mixte entre une mère, fille d’une famille de "gentils" et de Luca, fils de Bépy. Sa « mixité » en fait justement une sorte d’apatride, d’étranger pour ces deux communautés : "gentils pour les juifs, juif pour les gentils". Cette dualité est renforcée par les destins opposés des deux fils de Bepy, l’aîné Luca et père de Daniel chérira l’esprit du grand-père et en sera le digne dépositaire, jonglant avec aise et élégance entre Porsche, cachemire, affaires et luxe. L’autre fils de Bepy a choisi lui la voie plus escarpée de la religion et de l’installation en Israël. Le mécanisme de répulsion-attraction auquel est confronté le narrateur est le moteur du livre. Appartenir à la jet set de ces adolescents fricés, se ronger d’amour insatisfait et platonique pour Gaïa, digne représentante de ce monde de parvenus ou bien mépriser ces signes extérieurs de réussite sociale, le dilemme de Daniel pourrit son adolescence, le maintient dans ses complexes identitaires et in fine le paralyse face à ses choix d’homme.Le livre est bourré d’humour, de réflexions définitives sur les rapports humains, sur la condition juive, a des faux airs des romans de Philippe Roth et donne parfois l’impression d’être un fouillis aussi tordu que la personnalité du narrateur. Il est aussi assez inégal, dans la mesure où les continuelles interrogations intérieures et états d’âme de Daniel (à la manière d’un Seinfeld) tournent parfois à vide et peuvent finir par lasser. Mais la richesse du roman (pratiquement autobiographique) est réelle avec des questionnements sur la difficulté de l’adolescence, la crise identitaire, la lâcheté et l’antisémitisme.