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Passé Parfait de Léonardo Padura
Posté par Hardboiled le 29 août 2006, (populaire)
Nostalgique, mélancolique, on finit ce roman avec du bleu à l’âme et au cœur pour ce flic cubain, désabusé, héros ordinaire du Cuba d’aujourd’hui, bien loin des utopies politiques ou plutôt revenu de ces illusions perdues. La Havane en 1989, le lieutenant Mario Conde est chargé d'enquêter sur la disparition mystérieuse du directeur d'une grande entreprise à la
socialiste, Rafael Morín qui était étudiant avec lui. Flash Back dans son passé, amis d’enfance, vétéran des guerres d’Angola, amours perdues ou jamais assouvies, le flic cubain noie sa lucidité sur le sens donné à sa vie dans le rhum, histoire de ressembler à son auteur favori, Hemingway, en looser
magnifique.
Alors peu importe de découvrir le meurtrier, de dénouer les fils de l’intrigue, ce qui compte pour Léonardo Padura, c’est avant tout de décrire la réalité de la société cubaine des années 90, empreinte de la corruption et de la duplicité de certains hauts dignitaires du gouvernement. Le Rafael Morin du livre ressemble ici plus à un yuppie bon ton (version cubaine socialisant) parlant productivité, business et dollars (pour mémoire détenir des dollars pour un cubain était un délit passible de prison jusqu’en 1994). La nostalgie des personnages de ce livre est palpable, avec des retours constants vers un monde d’autrefois, réel ou rêvé, avec aussi les regrets de ne pas avoir réalisé leur rêve. Mario Conde aurait voulu devenir écrivain, il s’est retrouvé flic.Cette atmosphère langoureuse, mélancolique préside également aux scènes amoureuses, entre Mario Conde le flic désabusé et Tamara son amour d’enfance qu’il retrouve ainsi que les désirs que cette femme provoque en lui et qu’il n'a pas oubliés depuis toutes ces années. Passé Parfait, se déroulant en hiver, constitue le premier volume d’une tétralogie correspondant à chaque saison. Bienvenue donc à ce flic solitaire, mélancolique, nostalgique d’une jeunesse lumineuse mais définitivement perdue, brasseurs de souvenirs, héros ordinaire d’une société cubaine pas si ensoleillée que cela et finalement bien fatigué de ne plus savoir où se situer dans cette trajectoire cubaine. Ses seuls atouts sont sa bouteille de rhum comme vaccin contre le désespoir, un semblant d’éthique pour faire face aux noirceurs de son métier et la sauvegarde de la mémoire, la sienne et celle de l’histoire de Cuba.