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Polar Hardboiled

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Le Polar Scandinave

Posté par Hardboiled le 31 octobre 2005, (populaire)  

Le Nouveau Polar carbure t'il à l'Aquavit ? Plus sérieusement, l'Europe du Nord serait elle devenue la nouvelle patrie du Polar ? Les brumes nordiques, la rigueur suédoise, la froideur norvégienne et l'immensité finlandaise sont elles les nouveaux terrains de jeux des nouveaux Marlowe et autres Sam Spade.
On pourrait effectivement le croire avec l’engouement croissant et souvent mérité pour les productions venues du froid d’auteurs de plus en plus connus, tels que Henning Mankell (Suéde), Åke Edwardsson (Islande), Gunnar Staalesen (Norvége) et aussi Karin Fossum (Norvége).
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Le Nouveau Polar carbure t'il à l'Aquavit ?


Plus sérieusement, l'Europe du Nord serait elle devenue la nouvelle patrie du Polar ? brebisgaleuses.jpg Les brumes nordiques, la rigueur suédoise, la froideur norvégienne et l'immensité finlandaise sont elles les nouveaux terrains de jeux des nouveaux Marlowe et autres Sam Spade. On pourrait effectivement le croire avec l’engouement croissant et souvent mérité pour les productions venues du froid d’auteurs de plus en plus connus, tels que Henning Mankell (Suéde), Åke Edwardsson (Islande), Gunnar Staalesen (Norvége) et aussi Karin Fossum (Norvége).

Mais en quoi le polar scandinave diffère t’il des autres romans oliciers ?


Au delà du contexte géographique et culturel, les auteurs nordiques (et plus particulièrement les auteurs masculins, on reviendra sur la spécificité féminine) mettent le plus souvent en scène des détectives avec des caractéristiques communes :

-  désabusés et très critiques sur l’environnement social du pays (comme le trop fameux Kurt Wallander de Henning Mankell ou Eric Winter d'Ake Edwardson et encore Varg Veum de Gunnar Staalesen)
-  en constant doute vis à vis de leur positionnement tant dans la société que dans l’intrigue même qu’ils sont chargés d’élucider. A ce titre, l’abandon du même Kurt par son auteur en est le parfait exemple.
-  un humour comme remède au renoncement avec une pointe d’autodérision salutaire La sauce du polar scandinave est à base d’un mélange très élaboré d’ingrédients tes que désespoir, d’humour et de réalisme dans lequel tous les personnages sont plongés car ils sont toujours au centre du bouquin.

La critique Sociale en Toile de Fond


Cette critique du modèle suédois (et plus largement scandinave) ombretesoleilake.jpgest très souvent sous-jacente voire totalement explicite que ce soit lorsque ses péripéties entraînent Varg Veum dans les banlieues de Bergen (voir article=170,Pour le meilleur et pour le pire]) ou que l’auteur décrive avec une pointe de nostalgie voire d’agacement les mutations physiques et psychologiques de la société qu’il croise. De même, la petite ville d’Ystadt (cher à Henning Mankell) ne nous est plus étrangère et les longues pages que Kurt passe à la réflexion sur sa mutation peuvent nous en dire long sur le "mirage" suédois. De façon générale, les détectives scandinaves sont plutôt "progressistes" (en clair de gauche) avec le côté désabusé de celui qui est revenu du miracle social annoncé. Capitalisme "sauvage" versus protection sociale sont abordés sans détours. Ainsi, Varg Veum est il un ancien salarié à la protection de l'enfance de la ville de Bergen en Norvège (ville natale chère à Varg Veum), devenu détective privé. Dans ces enquêtes, il met souvent en avant cette expérience professionnelle pour rappeler la dureté du monde dans lequel nous vivons et les difficultés que certains ont à s’en sortir comme dans cette banlieue froide (dans tous les sens du terme) de Bergen qui est le théâtre de vies difficiles, gâchées, monotones et parfois sans espoir (cf. Pour le meilleur et pour le pire).Le même, dans "Brebis Galeuses" aborde la drogue et la prostitution comme nouveau vecteur ou comme face cachée du capitalisme.
De même, Kurt Wallander s’interroge sur les méfaits de ce même capitalisme "sauvage" dans L’homme qui souriait ou plutôt sur les méfaits des patrons sans scrupules. D’ailleurs c’est sa dernière enquête car il ne tient plus le choc et tous ses doutes lui pèsent tellement qu’il démarre le roman par une errance teintée d’alcool qui lui font prendre la décision d’arrêter tout (à noter que sa fille reprend le flambeau dans le dernier Mankell Avant le gel).

L'Introspection comme moteur positif

Si dans le roman on a souvent parlé de comportementalisme (voir Chandler et Hammett, dossier Histoire), le polar scandinave aborde lui le côté obscur (non pas de la Force) mais de ses personnages avec une profondeur qui n’a d’égal que les doutes et les difficultés existentialistes des personnages rencontrées. pourlemeilleuretpourlepire.jpgAinsi dans "Ombre et Lumière", on accompagne assez longtemps Eric Winter qui fait le deuil de son père mourrant en Espagne et qui voit sa vie personnelle complètement chamboulée (sa compagne Angéla emménage chez lui et attend leur premier enfant). Arrivera t’il à assumer cette nouvelle situation, ce changement radical ? On est loin du "Lonesome Cowboy" cher à l’imagerie populaire et chandlerienne, du détective solitaire, blasé, tombeur de femmes fatales.
Varg Veum traîne ainsi sa dégaine et son statut de divorcé en refusant toutes les affaires sentimentales et s'en consolant à l'aquavit. On le voit pourtant être tenté par de belles scandinaves (normal pour nous européens du Sud, lephantasme de la belle nordique) et prendre des "vestes" comme dans "Brebis Galeuses" où il espère malgré tout que sa quarantaine ne le handicape pas trop. On peut également prendre la direction de la Finlande et sa capitale Helsinki, où l’inspecteur Timo Harjunpää traîne son vague à l’âme dans les méandres d’une société désenchantée. L’inspecteur Timo Harjunpää, la trentaine bien avancée, est un flic fatigué. Fatigué par les manques de moyen humains et matériels mis à la disposition des forces de police de la capitale finlandaise. L'auteur, Matti Joensuu connaît bien l’univers qu’il décrit. Né en 1948, il est entré dans la police en 1973 et occupe actuellement le poste d’inspecteur divisionnaire à la brigade criminelle de Helsinki, comme son personnage. Il est l’auteur de 10 romans couronnés de nombreux prix, dont trois ont été traduits en français.

L'Humour comme remède au renoncement et à la pression

L’humour joue un rôle non négligeable chez bon nombre d’auteurs et je retiendrai ici en particulier le bizarroïde Varg Veum de Gunnar Staalesen qui n’en rate pas une (de bonne blague ou de bonne réplique) surtout pour désamorcer des situations tendues voire explosives.

La Particularité Féminine


Non Fred Vargas n’est pas seule (comme auteur féminine de polars). lionneblanche.jpg Les suédoises et autres norvégiennes sont également là pour nous faire entendre une petite musique différente dans le monde des détectives purs et durs. La question n’est pas de savoir si les femmes sont ou pas ? C’est plutôt comment le sont elles ? Anne Holt, Karin Fossum (Norvége) en sont les plus connues des représentantes.
Le Polar féminin scandinave nous montrent des femmes enquêter dans dans un univers masculin où elles doivent s’imposer et se heurtent aux préjugés de leurs collègues. Ces femmes commissaires ou détectives ont généralement une vie privée sans histoires, et on cherchera en vain des personnages féminins excentriques qui carburent au whisky et collectionnent les aventures avec les hommes ou les femmes, comme c'est souvent le cas dans les polars féminins qui nous viennent des États-Unis. Même Henning Mankell nous propose une collègue de l’inspecteur Kurt Wallander, Ann-Britt très compétente et qui en remontre aux membres masculins de l’équipe. Une exception toutefois chez Anne Holt : la commissaire Hanne Wilhelmsen est une lesbienne qui, sept volumes durant, s'entête à cacher sa liaison à ses collègues. Il faudra attendre le septième livre pour qu'elle accepte enfin, sur les instances de ces mêmes collègues, de se "pacser" avec sa nouvelle compagne (peut-être l’influence de l’évolution des mœurs sociétales). La aussi, pour ces "auteures de polars", on retrouve la critique sociale avec une orientation plus vers critique de la condition de la femme dans leur pays. C’est l’occasion d’écorner la sacro-sainte image colportée sur les pays scandinaves, que l'on dit si avancés en matière de parité hommes-femmes. Cette société reste malgré tout encore assez machiste, même s’il faut quand même avouer qu’il y a du progrès.