Flambeur de Thierry Crifo
Posté par Hardboiled le 28 novembre 2006, (populaire)
Que vous soyez cadre supérieur, smicard, beau gosse, boulanger, commercial, plein aux as, médecin, égoïste ou chômeur, si vous êtes flambeur, alors bienvenu dans cet univers impitoyable qui fera de vous un handicapé de la vie. Le monde du jeu est un monde où le flambeur ne lâche rien, même et surtout justement quand il faudrait tout laisser tomber, un monde où les petites manies, les rituels, les superstitions, sont autant de chausse-trappes qui vous plongeront dans la noirceur la plus complète.

De fait, le flambeur est un inadapté de la société et Thierry Crifo nous dépeint ce handicap comme un cauchemar solitaire, par petites touches, par des montées d’adrénaline ou des descentes aux enfers dignes des meilleures montagnes russes. Le flambeur n’a pas de nom, cela peut être vous ou moi (j’avoue ici mon penchant pour le jeu et les casinos, mais que ma femme se rassure, c’est un penchant modeste, épisodique et surtout contrôlé), cela n’a pas d’importance, l’important c’est la cage, le carcan qui fait du flambeur l’esclave de cette drogue, de cette folie. Dés la première phrase, le livre donne le ton : « Flambeur n'est pas monsieur Durand, pas monsieur Dupond, pas John Doe, pas non plus monsieur tout-le-monde », ment le système sophistiqué mis en place sans pitié pour le piéger, par ceux qui ne prennent jamais de risques. Jamais l'auteur ne le juge, ne nous parle de sa femme lassée, de ses sales tours ou de ses dettes. Thierry Crifo montre simplement l'inaptitude de son 'héros malgré lui' à vivre comme tout le monde, à persister quand n'importe qui 'lâcherait l'affaire', à s'accrocher à des rêves auxquels il ne croit pas, à s'enferrer dans son malheur. Son flambeur est définitivement seul et son roman, un roman noir.