Dossiers «
Effet de Mode ou Vrai Renouveau du Film Policier Français
Posté par Hardboiled le 25 mai 2007, page modifiée par Hardboiled le 26 juin 2007, (populaire)
Après la sortie sur les écrans français de la très attendue adaptation cinématographique éponyme du roman de Fred Vargas Pars Vite et Reviens Tard et le triomphe de Ne le Dis à Personne de Guillaume Canet, on peut se demander si le cinéma français cède à la tentation de la facilité et s'acoquine avec son homologue américain pour ses grandes productions et autres films d'actions. Ou alors, il tente de renouer avec nostalgie, réalisme et parfois efficacité avec un passé glorieux sur ce film de genre (polar noir), magnifié par Jean-Pierre Melville avec le Samouraï et allant de Touchez pas au Grisbi à Police Python 357, en passant par L627.
Il y avait à une certaine époque une vraie tradition du polar français.
Or depuis quelques mois, les réalisateurs d'aujourd'hui semblent redécouvrir les vertus des films policiers ou des polars noirs et nous ont servi en vrac, le réalisme pur et dur des Truands de Schoendorffer, le grand spectacle de Ne le Dis à Personne de Guillaune Canet (couronné de Césars), la morale sombre et un tantinet nauséabonde de Contre Enquête de Mancuso, l'esprit tortueux du Serpent d'Eric Barbier et pour le précurseur, l'académisme de 36 Quai des Orfèvres. J'en ai certainement oublié quelques uns mais force est de constater que l'image (fausse) d'un cinéma français plutôt nombriliste, introverti et casse-bonbon en prend un sérieux coup pour se découvrir presque aussi musclée que Schwarzy et aussi tourmentée que Scorcese.Une consanguinité revendiquée
Depuis très longtemps, le roman policier a été intrinsèquement lié au cinéma,
ne serait-ce que par son essence même, car il se veut littérature de l'action par excellence, de la description du geste et de la psychologie des personnages traduites par leur gestuelle et leur comportement. Cette consanguinité a profité aux deux modes d'expression puisque si à l'origine on compte de nombreuses adaptations cinématographiques de romans policiers (et en particulier ceux de la Série Noire et des romans hardboiled de la grande époque), le roman policier d'aujourd'hui lorgne souvent du côté du grand écran pour structurer ses histoires comme de véritables scénarios. De ce point de vue, le pragmatisme des américains nous livre des best-sellers à la pelle (ou supposés tels). Jetez donc un coup d'œil à des livres tels que Justice Imminente de Jillian Hoffmann, Ne pardonne jamais de Lee Child ou encore Déviances de Richard Montanari pour vous rendre compte que certains auteurs américains pensent déjà à l'adaptation cinématographique de leur bouquin avant même de l'avoir écrit (certes parfois avec bonheur). Peut-être que l'ancêtre du film policier est The Adventures of Sherlock Holmes en 1905. Quoiqu'il en soit, des détectives aux énigmes à la Whodunit, des nanars et séries B, des pastiches au réalisme du quotidien des flics et voyous, c'est une véritable histoire d'amour entre polar et cinéma.L'age d'or du Polar à la française
Parodique, extatique, réaliste, les réalisateurs français nous ont donné dans les années 50-60 de vraies perles en matière de polar.
Que ce soit, Audiard avec sa gouaille et ses répliques cultes des Tontons Flingueurs, Le Cave se Rebiffe et autres le Rouge est Mis, ou a contrario Jean-Pierre Melville et ses silences non moins cultes dans des films devenus des références comme le Samouraï, le Doulos ou le Cercle Rouge (qui ont d'ailleurs inspiré bon nombre de réalisateurs hong-kongais dont le fameux John Woo et son film en 1989 The Killer), toute la palette y est passé. Les précurseurs de Touchez pas au Grisbi et Le Rouge est Mis de Gilles Grangier ont ouvert une voie assez classique, proche de l'esprit "Série Noire" des années 50 cinéma français.
Henri Decoin avec son Razzia sur la Schnouf et Georges Lautner avec Le Pacha ont creusé le sillon dans lequel se sont engouffrés Denys de la Patelliere, Jean Delannoy et Pierre Granier-Deferre. Ce fut surtout l'occasion de voir deux monstres sacrés du cinéma français Gabin et Belmondo s'en donner à cœur joie et assoire une carrière inoubliable. En flic ou en voyou, ces deux-la, parfois accompagnés de Lino Ventura, ont habité le milieu français ou supposé tel ! De Mélodie en sous-sol à l'Affaire Dominici du Pacha au Soleil des Voyous, les années 50 à 70 ont été le point culminant du Polar style "Série Noire" avec en fond deux des auteurs les plus célèbres du genre à cette époque, Albert Simonin et Auguste le Breton. Albert Simonin fut celui qui réinventa le truand français, à l'instar de Francis Carco dans les années 20 et 30 (en particulier avec l'Homme Traqué).Introspection versus action
Deux écoles se distinguent dans le polar français (comme d'ailleurs dans les autres genres cinématographiques) :
violence et réalisme versus onirisme et introspection. Peut-on vraiment comparer Truands de Frédéric Schoendoerffer et Pars Vite et Reviens Tard de Régis Wargnier alors que les deux films peuvent revendiquer une parenté avec le polar ?
D'un côté, une description qui se veut sans concessions de la réalité du monde des truands et tente de démystifier une certaine conception de ce milieu basée sur l'honneur et le respect du clan, là où il n'y aurait que violence, coups bas, humiliation et trahison. De l'autre côté, une fable trouble et mélancolique au cœur d'une atmosphère plus liée à l'auteur du roman, Fred Vargas, qu'au monde des voyous. De même, Guillaume Canet avec son adaptation d'un roman américain d'Harlan Coben, joue la carte de l'action et du blockbuster, d'ailleurs récompensé de quelques Césars. Alors que les années 80 prônaient le réalisme quasi documentaire d'un film comme L627 de Bertrand Tavernier, aujourd'hui donc la mode semble être à l'action et au gros spectacle, bien loin des plans au cordeau de Jean-Pierre Melville qui reste une référence pour moi.
La réalité au service de l'imaginaire
Les vrais flics font-ils de bons scénaristes ou réalisateurs ?
On est en droit de se poser la question dans la mesure où depuis L627 et 36 quai des orfèvres, les flics de la PJ sont devenus les coqueluches de l'industrie cinématographique. Incontournables, ils assurent la légitimité et l'ancrage dans le réel de toute intrigue digne de ce nom.
Depuis Michel Alexandre, ancien policier et scénariste de L627, jusqu'à Olivier Marchal, également ancien flic et devenu scénariste et réalisateur de plusieurs films dont le classique 36 quai des orfèvres. Il est devenu emblématique de cette catégorie de vrais flics passés du côté imaginaire et cinématographique du Polar. Dernièrement, il a tourné pour Guillaume Canet dans l'adaptation du roman d'Harlan Coben, Ne le dis à personne et a rejoint Benoît Magimel et Philippe Caubère dans le film de Frédéric Schoendoerffer, Truands. On peut aussi faire référence à Simon Michaël, ancien collègue de Marchal et également scénariste prolifique. Il est l'auteur, entre autres, des Ripoux de Claude Zidi, de Spécial Police et de la Totale.


