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Baka de Dominique Sylvain
Posté par Hardboiled le 25 juillet 2007, page publiée par Hardboiled le 6 août 2007, (populaire)
Baka !, Non, non, je ne vous insulte pas en japonais (baka veut dire idiot ou con dans la langue de Mishima), mais il s'agit tout simplement du titre du dernier et premier livre de Dominique Sylvain. Premier roman car publié en 1995, dernier car réécrit et actualisé en 2007. Je suis donc tombé sous le charme du style de Dominique Sylvain, direct, déroutant, emprunt parfois de fantastique sans rien concéder à la complexité et aux rebondissements de l'intrigue. Et puis, le roman se passe à Tokyo, ville pour laquelle j'ai plus qu'un faible, mélange de cauchemar de banlieue, Sarcelles à la puissance dix, de modernité et de tradition, avec sa faune improbable de yakusas, de politiciens corrompus, d'ados reclus volontaires (hikikomori), d'hommes de mains de la mafia japonaises (chimpura), de gaijins (étrangers pour les japonais).
On y trouve cette ambiance particulière tokyoïte, déroutante, envoûtante, fascinante et pourtant si réelle, si réaliste, si brutale et violente comme seuls savent l'être les japonais. La tourmente et la tempête sous l'ordre, la rigidité et la beauté glaciale des jardins japonais. J'ai aimé ce livre qui se dévore rapidement mais que l'on peut également savourer en prenant son temps à la manière de la cuisine japonaise, si simple en apparence et pourtant si complexe et raffinée !Le point de départ du livre peut paraître assez improbable : Louise Morvan, détective privé à Paris, se voit confier une mission au Japon a priori de tout repos, puisque un évêque lui demande d'enquêter discrètement sur son neveu qui doit se marier avec une japonaise et qu'il lui a demande de l'argent. Sans rien connaître du Japon, notre chère Louise débarque à Tokyo et en un rien de temps, engage une interprète qui est accessoirement hôtesse de bar, fait le coup de poing avec un chimpira, yakusa à la solde d'un boss de la mafia, flirte avec un comédien, fréquente un politicien adepte de la cocaïne et collectionneur, découvre une secte religieuse et in fine sauve un ado de sa réclusion volontaire.
Loin d'être
un fourre-tout indigeste, le roman met en place toutes ces pièces d'un puzzle plein de découvertes, de rebondissements, de digressions et rêveries avec un style existant, équilibré, mêlant action et fantastique, violence et sérénité, sociabilité et individualisme. En somme, un condensé de la société japonaise. Car Dominique Sylvain s'y connaît puisque elle habite désormais à Tokyo et a justement actualisé son roman (écrit en 1995) avec sa parfaite sensibilité japonaise (même pour une gaijin).
D'ailleurs, au delà des incontournables de la société japonaise (cf. le bréviaire ci-contre), on trouve dans le roman des références aux grands écrivains japonais tels que Mishima ou encore Kawabata. Décidément Dominique Sylvain me plaît bien, pour son style, pour ses histoires bien ficelées, pour ses japonaiseries et je m'en vais lire ses autres romans. Je l'avais déjà signalée dans le dossier Le Polar au Féminin.