Le Deuxième Souffle
Posté par Hardboiled le 24 octobre 2007, (populaire)
Avant toute chose, si j'ai vu plusieurs fois le film de Melville,
je n'ai malheureusement pas encore vu celui d'Alain Corneau, ce qui m'autorise évidemment à en parler avec d'autant plus d'acuité et de pertinence qu'il ne s'agit pour l'instant que d'impressions, largement éclairées par les déclarations de toute l'équipe du film actuellement en promotion et qu'il est donc assez difficile de rater dans l'actualité écrite, parlée et télévisuelle.
Tout d'abord, là ou Jean-Pierre Melville optait pour l'épure, le dénuement et le minimalisme du noir et blanc (qu'il lui était cher et devenu sa marque de fabrique), l'affiche du film (que je n'aime absolument pas avec ses couleurs saturées et flashies) me laisse à penser qu'Alain Corneau aurait plutôt opter pour une stylisation outrancière (peut-être de façon positive, un peu à la manière de Johnnie To ou John Woo ou encore de Tarantino, deux aficionados déclarés de Jean-Pierre Melville et de films comme Le Samouraï ou Le Cercle Rouge.Pourquoi pas, donc, une version moderne de la tradition du Polar à la Française, mêlant réalisme pur et dur, académisme et/ou style cinématographique, introspection et action, avec évidemment quand on parle de José Giovanni, code de l'honneur, dignité et noblesse d'âme.

Pour ma part, le cinéma reste avant tout une réalité fantasmée ou stylisée et c'est pour cela que le film noir ou le film de gangsters y trouve une place privilégiée. On peut en effet soit y dépeindre une tragédie grecque (avec les malfrats en hérauts de la société moderne) soit opter pour l'aspect documentaire d'une réalité ignorée mais palpable. De ce point de vue, Jean-Pierre Melville, justement avec ce film, avait pris le virage de la stylisation à outrance qui allait trouver son apogée avec le Samouraï en 1967. Il a de plus inspiré toute une pléiade de réalisateurs (parfois considérés comme maniérés ou intellos, suivant votre échelle de valeurs) de Jim Jarmush aux déjà cités Quentin Tarentino et les incontournables cinéastes hong-kongais John Woo ou même Wong Kar Waï.
Alain Corneau avoue lui-même une parfaite dévotion à Melville (je vous rassure, je ne l'ai toujours pas interviewé).
Quand on revient sur les polars qu'il a tournés dans les années 70, on sent déjà l'approche de cet hommage et une vraie sensibilité pour ce genre. J'ai adoré Série Noire avec un Patrick DeWaere jusqu'au-boutiste ou encore Police Python avec un Yves Montand plus tourmenté que jamais ! Mais c'était il y a près de trente ans et Corneau était jeune. Bien sur, on peut vouloir retrouver les nouveaux monstres sacrés que sont Daniel Auteuil (dans le rôle de Gu), la toujours sublimissime Monica Bellucci (Manouche), l'hiératique Michel Blanc (Commissaire Blot), le peu disert Jacques Dutronc (Orloff) et même Eric Cantona, sacré monstre du foot et maintenant comédien pour jouer au jeu des comparaisons. Qu'apporte donc cette nouvelle version d'un classique du film noir, ou pardon !, d'un hommage ? Exercice de Style ou Classique Moderne ? Je vous le dirais peut-être après avoir vu le film ! Ou plutôt, écrivez le vous-même en commentant cet article !
