Les Allongés de Charlie Williams
Posté par Hardboiled le 1er janvier, (populaire)
Chronique d'un petit malfrat de province anglaise ou dérive d'un psychopathe un peu bas de plafond ? Les allongés de Charlie Williams est un peu des deux avec les déboires de Royston Blake qui passe du statut de videur en chef respecté de la seule boîte de nuit de Mangel à la spirale infernale des meurtres et violences pour tenter de retrouver son honneur perdu. Mais cette descente aux enfers est aussi l'occasion de découvrir les limites de ce cher Royston, qui croît fourbir ses armes et monter des plans astucieux mais qui ne fait que réagir à ses pulsions primaires qu'elles soient sexuelles, violentes ou vénales. Quand la bêtise crasse le dispute à la méchanceté, quand la violence est au service d'une virilité primaire, on hésite entre rires, consternation, jubilation ou écœurement.
C'est donc parti pour la description d'un milieu de petits caïds d'une ville banale de la campagne anglaise, Mangel, où les Manton, aussi violents que tarés, font régner leur loi et cherche des crosses à Royston. Celui-ci a atteint son nirvana professionnel en tant videur en chef de la boîte de nuit locale et se verrait donc bien finir ses jours entre le respect des jeunes qui veulent venir y boire un coup et les œillades des femmes, chavirées par les muscles de notre héros. Oui, mais cette belle harmonie se voit perturber par la nouvelle rumeur qui fait de Royston un dégonflé !Faut donc réagir et il s'y emploie mais avec une stratégie et une tactique qui tiennent plus du bulldozer que de la dentelle machiavélique. Alors pas étonnant s'il sème des ennuis et des cadavres supplémentaires à chaque décision, plus dictée par ses muscles (même s'il a perdu de sa superbe) que par un cerveau qui a tout l'air de tourner au ralenti ! En plus, il n'est guère aidé par des supposés copains d'enfance, Legs et Finney mus par l'appât du gain, la bêtise crasse ou tout simplement la volonté de bien faire sans discernement.
Le bouquin se lit très facilement avec un style efficace et alerte qui restitue une ambiance de "ploucs" de la rue anglaise, avec sa galerie de personnages dignes des "Redneck" américains (péquenaud ou bouseux plutôt péjoratif et caricaturés par une série télévisée comme Shérif, fais-moi), où l'humour noir vire parfois au grotesque (tel l'épisode avec Susan, la tronçonneuse préférée des Manton), où l'improbable devient réel par la force brute des protagonistes ou leur instinct primaire, où la méchanceté fait office d'alibi.
On pense à certains auteurs de la Série Noire qui mettaient en scène les petits Blancs du Sud des Etats-Unis (les fameux redneck), comme Charles Williams (évidemment et à ne pas confondre donc avec son presque homonyme) ou encore les Day Keene et autres Harry Whittington, qui maniaient l'art de tels récits avec maestria et une technique quasi chirurgicale. C'est peut-être aussi l'occasion de se replonger dans ces titres des années 50 et cette période faste de la collection culte de Gallimard.