Un hiver de glace de Daniel Woodrell
Posté par Hardboiled le 7 janvier, page modifiée par Hardboiled le 3 février, (populaire)
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Pour démarrer cette nouvelle année, j'ai ressorti un polar d'ambiance aussi glacial que sombre. Vous frissonnerez, mais sans savoir si c'est d'effroi ou de froid. Daniel Woodrell nous narre la quête d'une jeune fille partie à la recherche d'un père disparu, moins par amour filial que par nécessité impérieuse, pour ne pas perdre le peu qu'il lui reste. Car il faut dire que cette petite de seize ans doit s'occuper seule de ses deux petits frères et s'accommoder d'une mère devenue folle. L'enjeu est de pouvoir garder la maison dans laquelle tout ce petit monde survit et que la disparition du père met en péril. Voilà le tableau est brossé et il s'avère dur, brutal, foncièrement noir même si la neige recouvre les paysages de cette campagne reculée américaine.
Car si on est bien en Amérique, l'environnement que décrit Woodrell n'a pas grand chose à voir avec la flamboyante et riche première puissance mondiale. En toile de fond, des rivalités de clans qui voue cloue dans votre camp, quoique vous ayez fait ou pas, qui font resurgir des violences aussi inutiles que stupides et qui entraîne Ree Dolly dans une descente aux enfers où peu de monde, voire personne ne va lui tendre la main.Mais elle est pleine de ressources et d'un volonté sans faille, dès lors qu'il s'agit de sauver le peu dont elle dispose. Elle est comme les femmes de ce monde rural, dure au mal, courageuse, volontaire et parfois cruelle.
Au travers d'un récit âpre, on retrouve la loi du silence, la faute pour ce que l'on est et non ce que l'on a fait (ou pas), la faute pour son appartenance à un camp ou une famille, la violence gratuite voire génétique et l'on comprend un peu mieux à quel point on peut être arriéré dans certains coins reculés de cette Amérique différente.
Le style est précis, donne constamment la sensation d'être sur la corde raide quand on suit les pérégrinations de la jeune fille, avec quelques beaux moments de douceur ou de répit comme cette complicité avec sa copine Gail.
A lire surtout au coin d'un feu dans un silence propice à l'affleurement des sensations fortes de ce bouquin.
Peut-être pas un chef d'œuvre mais assurément de quoi se réfugier avec gratitude dans son lit douillet une fois le livre fini.