Des Vies parallèles de Jose Ovejero
Posté par Hardboiled le 29 février, page publiée par Hardboiled le 24 mars, (populaire)
Est-ce bien un polar ? Pas si sur, car la trame policière est aussi mince que le portefeuille de Daniel, chiffonnier à ses heures, tout droit sorti d'hôpital psychiatrique et titulaire d'une de ces vies parallèles. Avec les autres personnages de ce roman sombre, ils forment un kaléidoscope aussi varié qu'hypnotique où s'entrecroisent les destins d'un banquier belge, d'un avocat machiavélique et hautain, d'un ancien sbire congolais et d'une paumée rêveuse. Une écriture ciselée, des portraits profonds, des digressions sociales et politiques intéressantes font la richesse de ce roman qui se lit avec intérêt et avec juste la pointe de curiosité pour vous amener doucement vers la chute, aussi sombre que le roman.
Toutefois, cette construction en puzzle est totalement différente des techniques "américaines" qui donnent le point de vue des protagonistes de la même histoire pour mieux créer les rebondissements. Ici, point de suspens, point de séquences courtes et nerveuses, point de détails révélateurs, les seules révélations du livre sont la croisée des destins, la médiocrité de certaines vies, la lucidité face à la réalité et l'implacable rapport de force qui fait que dans ce monde, le plus fort ou le plus retors gagne toujours. Une phrase résume assez bien l'état d'esprit du livre :" la lucidité face à la réalité conduit soit au désespoir, soit au cynisme. "Le livre balance entre les deux !
Déjà, le livre a pour cadre Bruxelles, ce qui, pour un polar, est suffisamment rare pour susciter l'intérêt. Des différentes vies décrites, j'ai beaucoup plus aimé celles des "salauds", le banquier Lebeaux, tout puissant, mais veule et lâche et l'avocat Degand, retors, cynique, hautain et manipulateur. Elles apparaissent comme ayant beaucoup plus d'âme que les autres, même si celle-ci est aussi noire que l'Afrique, toile de fond du roman. Les autres font plutôt figure de paumés, tel Kasongo, ancien soldat de la garde de Mobutu, qui joue sur l'ambiguïté des relations Europe-Afrique anciennes et présentes pour sauver une peau qui ne vaut plus très cher.
Roman noir, social, politique, il décrit les méandres de la somme de vies individuelles qui font une société. Un des personnage décrit d'ailleurs la meilleure façon d'aller d'un point A à un point B : trouver le chemin dans les interstices du kaléidoscope de ces destinées croisées.
José Ovejero, espagnol qui partage sa vie entre Madrid et Bruxelles, est le premier auteur de la toute nouvelle maison d'édition Moisson rouge à qui je souhaite une longue vie.