God's Pocket de Pete Dexter
Posté par Hardboiled le 2 juillet, page modifiée par Hardboiled le 20 juillet, (populaire)
Etiquettes : Livres Philapdelphie Etats-Unis
L'art diabolique du contre-pied sied magnifiquement à Pete Dexter, ici pour son premier roman (publié en 1983 aux USA). Roman noir, s'il en est, par l'omniprésence du mal et de la douleur de vivre, par ses descriptions ciselées des personnages ordinaires, par la violence des situations, il devient par le détour de scènes incroyables et inattendues aussi drôle que jubilatoire, aussi incongru que sentimental. Imaginatif, efficace, rythmé, drôle, sombre, l'auteur y déploie une superbe panoplie d'intelligence et dextérité pour délivrer un vrai bijou. Du chien qui éternue sur les fesses d'un vieux journaliste en train d'honorer une dame, du cadavre embaumé de Léon Hubbard qui se balade tout au long du livre, en passant par la vieille tante Sophie qui défouraille plus vite que deux mafieux rompus aux armes à feu, ces éclairs sont comme des feux d'artifice tirés dans un ciel très sombre, qui dépeint God's Pocket, quartier pauvre de Philadelphie, par ailleurs ville aux records de criminalité. J'avais découvert Pete Dexter avec PaperBoy, que j'avais déjà chaudement recommandé, alors précipitez vous sur ce livre et sur toute sa production traduite en français.
God's Pocket, ou l'histoire d'un quartier pauvre de Philadelphie, dans lequel tout le monde naît, vit et meurt et que vous soyez du côté des ouvriers ou des mafieux, la seule trahison est de quitter son quartier.Cela commence par la description d'un chantier de construction avec ses trois ouvriers principaux, Peets, contremaître rigoureux et pro, Old Lucy, ouvrier noir antédiluvien, silencieux et consciencieux, et enfin Leon Hubbard, sale petit con teigneux recommandé par la Mafia locale (de facto le cadavre de Léon sera le véritable héros de ce livre). Si on était au cinéma, je dirais que cette introduction est dans le livre comme un long plan séquence dirigé avec une maestria telle que l'on découvrira plus loin, par touches successives, comment tout cela se met en place. Ces trois premiers portraits débutent une galerie haute en couleur, où se côtoient, un vieux chroniqueur alcoolique et désespérément mélancolique, un homme de main de la mafia, un rien rêveur et pas du tout concerné, un aréopage d'habitués du Hollywood n'yant jamais quitté le quartier.
Le grain de sable qui va tout chamboulé et entraîné des réactions absurdes en cascade est quand Old Lucy sort de sa réserve pour flanquer un coup de tuyau sur le crane de Léon et l'envoyer ainsi ad patres. Pete Dexter déploie alors sa maestria avec regards croisés, dialogues percutants, mélancolie subtile, violence, désespoir et humour, avec aussi une écriture efficace et directe pour nous proposer un bien beau roman.